Bilan contrasté mais positif des IUFM

par Bernard Cornu


Bernard Cornu a été le premier directeur de l’IUFM de Grenoble, l’un des trois IUFM ayant eu un statu expérimental avant leur généralisation à toutes les académies.
Il a récemment présenté ce bilan des IUFM, qui a le mérite d’inviter à une réflexion lucide, utile aux débats en cours.


Les IUFM: un bilan contrasté mais positif!

par Bernard Cornu, ancien directeur de l’IUFM de Grenoble, ancien président de la conférence des directeurs d’IUFM

LES IUFM: RECRUTER PLUS, FORMER MIEUX

Les IUFM ne sont pas arrivés par hasard un beau matin de 1990. Ils constituent un aboutissement d’une longue histoire, qui a vu évoluer la formation initiale des enseignants et se développer leur formation continue. Deux objectifs ont été fixés aux IUFM: recruter plus, former mieux. Recruter plus, car en 1990 nous étions dans une situation de pénurie de candidats au métier d’enseignant. Former mieux, car les écoles Normales devenaient en partie obsolètes et étaient trop à l’écart du monde universitaire, et parce que la formation professionnelle délivrée dans les CPR (Centres pédagogiques régionaux) s’avérait nettement insuffisante au regard des exigences croissantes du métier d’enseignant.

On a demandé aux IUFM d’attirer des étudiants en rendant plus clair, plus lisible le chemin qui mène au métier d’enseignant.

On a revalorisé la profession, notamment en créant le corps des professeurs des écoles, mettant ainsi les enseignants du premier degré à salaire égal et à dignité égale avec ceux du second degré.

On a voulu apporter plus de cohérence entre la formation des enseignants du primaire et celle de ceux du secondaire, en les formant dans un même établissement.

On a voulu articuler la formation scientifique et la formation professionnelle, toutes deux essentielles à l’exercice du métier.

On a voulu bâtir une formation faisant interagir la théorie et la pratique au lieu de simplement les juxtaposer.

On a voulu ancrer la formation dans la recherche, et on a cherché à mettre en complémentarité la formation initiale et la formation continue.

On a voulu bâtir une formation fondée sur la liberté intellectuelle du métier d’enseignant, sur la diversité pédagogique, sur la liberté pédagogique.

Et surtout, en bref, on a voulu à la fois professionnaliser et universitariser la formation des enseignants.

PROFESSIONNALISER, UNIVERSITARISER

Ces deux idées sont maintenant devenues banales, etc’est certainement le principal succès des IUFM que d’avoir installé ces concepts dans la culture de l’éducation.
Professionnaliser la formation des enseignants, c’est clarifier ce qu’est ce métier et les compétences professionnelles qu’il nécessite, c’est développer une véritable formation en alternance, articulant théorie et pratique et s’appuyant sur l’analyse des pratiques.

Universitariser la formation a été fait dans les IUFM, où des universitaires enseignent et forment les futurs ensei- gnants. La plupart des IUFM ont noué des liens très étroits avec les universités. La recherche en éducation, auparavant peu visible, a été révélée massivement par les IUFM à la fois dans ses succès et dans ses faiblesses. Les IUFM sont un lieu de questionnement pour la recherche, un « laboratoire », un lieu d’expérimentation, un lieu d’application. Paradoxalement, certains ont accusé les IUFM d’être « pollués » par la recherche en éducation, alors qu’ils ont probablement souffert au contraire d’une insuffisance de recherche, de prise en compte de la recherche dans la formation et d’application de la recherche.

DES OBSTACLES

Si les IUFM ont connu tant de difficultés et ont essuyé quelques échecs, cela est principalement dû à quelques facteurs:
– • l’état de réforme permanente de la formation des enseignants depuis 18 ans n’a pas permis de consolider, de stabiliser sereinement la formation, et a souvent détourné l’énergie des acteurs des problèmes fondamentaux de la formation des enseignants ;
– • il y a bien sûr eu des écarts parfois trop importants entre ce que les IUFM ont annoncé et ce qu’ils ont su réaliser;
– • on n’a pas suffisamment défini ce qu’est la fonction de formateur d’enseignants, on a recruté les formateurs sans contrat suffisamment précis sur leur mission et leur fonction (avoir été formateur en CPR ou en école normale ne permet pas automatiquement d’exercer avec succès en IUFM!), on a trop négligé la formation des formateurs d’enseignants;
– • la place du concours, au milieu du parcours, a constitué pour les IUFM un piège permanent;
– • le lien de la formation avec la recherche a été trop souvent insuffisant;
– • enfin, l’abandon progressif de la formation continue des enseignants dans notre pays a été un handicap majeur pour la formation initiale (l’intégration des MAFPEN dans les IUFM, décidée mais finalement non mise en œuvre, a constitué une véritable occasion manquée de succès pour les IUFM).

UN BILAN POSITIF !

Mais au fond, en 18 années, les IUFM ont formé plus de 400000 nouveaux enseignants. Ils ont fait progresser la formation, ils ont installé l’idée qu’enseigner est un métier qui s’apprend, ils ont développé et conforté la professionnalisation et l’universitarisation de la formation des enseignants. Les objectifs initiaux sont largement atteints, le bilan est largement positif!

Au plan international, la France a joué, avec les IUFM, un rôle important dans les évolutions de la formation des enseignants. De nombreux pays se sont inspirés du modèle français des IUFM (et ont maintenant réglé de façon satisfaisante la question d’une for- mation véritablement professionnelle et universitaire, sanctionnée par un master!).

À nous maintenant de savoir aussi nous inspirer, dans nos réformes, des réflexions internationales sur le métier d’enseignant, sur la formation. La France a participé à l’élaboration des «principes communs européens de compétence et de qualification des enseignants»; sachons les mettre en œuvre dans notre pays!

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