La Commission Hetzel


Dossier sur la Commission Hetzel


Défi international aussi : comment faire en sorte que les meilleurs chercheurs et les meilleurs professeurs, aient envie et les moyens de rester en France ? A nous d’attirer dans nos universités les étudiants que tous les grands pays se disputent.

C’est comme cela que nous gagnerons la bataille de la connaissance, cette grande bataille de la connaissance qui est la grande bataille du XXIème siècle, ainsi que la bataille de l’innovation, qui sont bien les clés de la croissance et du rayonnement de notre pays : oui, il n’y a pas de grand pays sans grandes universités.

Depuis quelques années, vous avez engagé les uns et les autres des efforts d’adaptation considérables :

Je pense en particulier à la mise en place du LMD ou de filières de licencesprofessionnelles.

Toutcela,je le sais, a demandé du travail, du dialogue et de la persévérance ; tout cela a été un succès grâce à vous et je tiens à vous en remercier.

Mais nous devons aller plus loin : nous devons redéfinir ensemble la mission de l’université, nous devons en faire un lieu de savoir autant qu’un chemin vers l’emploi.

La transmission des connaissances et la recherche ont toujours été au cœur de l’Université. Elles font l’honneur de votre métier, elles doivent rester un pilier essentiel de votre mission collective.

Mais c’est aussi la responsabilité des universités de se préoccuper de l’avenir des étudiants après leur formation et quelles que soient les disciplines. Il appartient aux universités de préparer les étudiants à l’emploi, à tous les emplois : en entreprise, dans les associations, comme dans le secteur public.

En accomplissant cette mutation, nous donnerons à l’université toute la place qui lui revient dans la vie sociale et intellectuelle de notre Nation. L’université donne accès au savoir, elle permet de s’élever et de se grandir, elle ouvre la voie à un avenir meilleur pour tous ceux qui peuvent y entrer : prenons la mesure de cette confiance qui est placée dans l’université, définissons ensemble un nouveau pacte entre l’université et les Français.

Un pacte qui doit engager chacun d’entre nous : l’Etat, qui prévoira les efforts financiers nécessaires pour faire de l’Université un lieu d’excellence et de réussite sociale. Les universités elles-mêmes, qui doivent approfondir leur démarche de modernisation, à la fois des structures et des enseignements. Les étudiants, qui souhaitent s’exprimer et être entendus. Mais aussi les entreprises, dont beaucoup sont prêtes à renforcer leurs liens avec le milieu universitaire.

Ce pacte, il doit être durable : car nous ne ferons pas tout du jour au lendemain. Il faudra du temps, il faudra du courage pour arriver à bâtir ensemble l’université dont nous rêvons. Commençons par les sujets sur lesquels la réflexion est d’ores et déjà avancée. Commençons aussi par régler les questions matérielles qui compliquent la vie des étudiants. Mais n’hésitons pas à engager franchement la réflexion sur les sujets les plus difficiles, qui détermineront l’avenir de notre enseignement supérieur.

Monsieur le Recteur, vous avez indiqué que d’ici, en Sorbonne, plusieurs vagues sont parties, dirigées contre l’ordre établi. C’est l’occasion, une occasion voulue, une occasion souhaitée, une occasion saisie, pour affirmer que je me situe délibérément, résolument, du côté du mouvement, du côté de l’adaptation, du côté de la modernisation. Aujourd’hui, nous sommes en Sorbonne, dans l’esprit de la Sorbonne, c’est-à-dire à la fois celui du respect du savoir avec tout ce que cela implique, mais aussi du côté de l’ambition du savoir, contre toutes les formes du conservatisme, toutes les formes de réaction et toutes les formes de repli sur soi.

1. Le premier impératif, celui qui nous réunit aujourd’hui, c’est de donner à l’université les moyens de préparer les jeunes à l’emploi.

La commission nationale présidée par Patrick Hetzel, recteur de l’académie de Limoges, organisera le débat sur ce sujet. Je tiens à remercier ses membres d’avoir accepté cette mission difficile, qui devra respecter trois exigences : ?
– D’abord associer les jeunes : ils vivent au quotidien la situation dans les universités, ils ont des choses à dire, ils ont des choses à faire partager. Entendons les, écoutons les. Certains m’ont fait part de pistes de réflexions constructives : les organisations lycéennes et étudiantes devront donc être associées en permanence aux débats, en particulier lorsque des propositions concrètes se dessineront. Les forums internet seront exploités au maximum pour recueillir l’avis de tous les lycéens et étudiants qui voudront, qui souhaiteront s’exprimer. ?
– La deuxième exigence, c’est que le débat ait lieu partout en France, et j’insiste, partout en France. Chacun sait que les situations des universités sont extrêmement diverses. Nous devons en tenir compte dans les propositions que nous retiendrons. ?
– La troisième exigence, c’est la participation de chacun : élus nationaux et locaux, présidents d’université, membres des conseils d’université, partenaires sociaux, représentants du Conseil économique et social régional et plus généralement l’ensemble des acteurs de la société civile qui voudront bien se joindre à un débat qui intéresse tous les Français.

En partant des premiers travaux qui ont été faits par les universités et par les étudiants, je vous propose d’engager la réflexion dans deux directions.

En premier lieu l’orientation.

Une mauvaise orientation, c’est en général le premier pas vers l’échec : un étudiant sur deux échoue à l’issue de sa première année de licence, un tiers des étudiants n’obtient pas sa licence. Nous ne pouvons pas nous résigner à cela. Il est donc essentiel de mieux informer les étudiants pour leur permettre de trouver la filière qui correspond justement à leurs attentes.

Donnons plus de cohérence à notre système d’orientation et d’insertion professionnelle. Coordonnons davantage les dispositifs qui existent dans les académies et au niveau national. J’ai proposé un service public de l’orientation : il devra répondre à ces exigences.

Améliorons également l’accompagnement des lycéens et des étudiants dans les périodes charnières de leur cursus : le passage du lycée à l’Université, première étape, les fins de cycle comme la fin de la licence ou du DUT, deuxième étape, la sortie des études et le moment de la recherche d’emploi, troisième étape.

Enfin, développons les passerelles entre les formations et entre les filières, prévoyons une meilleure articulation entre les formations générales et les formations spécialisées. Tout ne doit pas être joué pendant la première année. Chacun doit pouvoir corriger sa trajectoire au cours des études.

La deuxième direction dans laquelle nous devons progresser, c’est la professionnalisation des formations universitaires et trois pistes peuvent être explorées.

Grâce à la réforme LMD, les enseignements sont désormais divisés en deux semestres. Pourquoi ne pas profiter de ce rythme nouveau pour favoriser les échanges avec l’étranger et la formation en alternance ?

Nous devons également instaurer des relations solides et durables entre les universités et les entreprises : je sais que Jean-Louis BORLOO et Gérard LARCHER sont mobilisés sur cette question. Il ne s’agit pas d’aligner les programmes d’enseignement sur les priorités des entreprises. Il s’agit d’ouvrir davantage l’université sur le monde du travail et le monde du travail sur l’université. Pourquoi un étudiant en licence de lettres classiques ou d’histoire ne pourrait-il pas intégrer à son cursus un stage en entreprise ? Je fus jadis l’un de ces étudiants en lettres et je sais qu’en Angleterre, aux États-unis, on passe d’une licence en philosophie à un métier comme celui d’analyste financier ; pourquoi pas en France ? Encourageons l’apprentissage, développons les formations à caractère professionnel et les licences professionnelles.

Enfin, nous devons rapprocher les universités, les entreprises et les collectivités territoriales. Cela nous permettra de mieux associer les partenaires de l’université pour enrichir le contenu des enseignements et des formations.

Donnons nous comme objectif d’apporter des premières réponses dès le rapport d’étape de juin. Nous pourrons ainsi les mettre en œuvre ensemble au cours de l’année 2006-2007. Vous le voyez, l’enjeu de ce lien est essentiel : il y a un humanisme français et je le dis ici à la Sorbonne qui est l’un des temples de cet humanisme français, il y a un humanisme du savoir défendu par l’université, mais il y a aussi un humanisme du travail qui doit être défendu dans l’emploi et auquel nous voulons tous contribuer. Ne laissons personne au bord du chemin, c’est bien le message de la République Française.

2. Pour réussir ce débat entre l’Université et l’Emploi, nous devons aussi répondre, parce qu’il faut être concret, aux difficultés des étudiants dans leur vie quotidienne.

Tous les étudiants doivent pouvoir étudier dans de bonnes conditions.

Ce n’est pas un détail mineur, ce n’est pas une question d’esthétique, ni même de simple confort. Quand un étudiant entre à l’université et qu’il y trouve des salles de cours délabrées, des bibliothèques mal fournies, un système informatique dépassé ou inexistant, comment peut-il travailler et apprendre correctement ? Quand les enseignants ne disposent pas de moyens pédagogiques adaptés, de salles de réunion, de bureaux, comment peuvent-ils accompagner leurs étudiants ?

Pendant un temps, nous nous sommes concentrés sur la construction de nouvelles surfaces universitaires. C’était nécessaire pour accueillir davantage d’étudiants, pour relever le défi de la démocratisation de l’enseignement. Mais l’entretien, la qualité et la sécurité des bâtiments existants ont été négligés. Et aujourd’hui, nous avons certes quelques universités installées dans des locaux neufs, mais aussi beaucoup d’universités vétustes.

Nous lancerons donc dans les semaines à venir, je dis bien les semaines à venir, en concertation étroite avec les universités, un plan de rénovation de l’immobilier universitaire. Les contrats de projet Etat-région pour les années 2007-2012 donneront la priorité à l’immobilier universitaire et au logement des étudiants, avec un effort également sur les bibliothèques et l’équipement informatique.

Au-delà de ces mesures d’urgence, le défi essentiel à relever aujourd’hui, c’est celui de l’égalité des chances. Trop d’étudiants éprouvent des difficultés financières à poursuivre leurs études. Trop de jeunes n’ont pas accès aux études supérieures en raison de leur origine sociale, et quand je dis n’ont pas accès, n’ont même pas l’idée qu’ils pourraient espérer y avoir accès. Toutes les pistes d’amélioration des dispositifs d’aide sociale doivent donc être examinées. Je voudrais en citer trois, auxquelles nous réfléchissons avec Gilles de ROBIEN et François GOULARD depuis plusieurs mois :

D’abord, une meilleure reconnaissance du mérite : cela suppose d’augmenter le nombre de bourses au mérite, mais aussi de créer une allocation de tutorat pour les étudiants qui acceptent d’accompagner les lycéens des quartiers difficiles vers les études supérieures. C’est une solidarité indispensable, c’est un élément de l’humanisme français.

Ensuite, l’accès des études à des études à l’étranger. Aujourd’hui, il y a bien malheureusement plusieurs catégories. Il y a ceux pour qui aller à l’étranger est une chance et ceux pour qui c’est un motif d’inquiétude, il y a ceux qui parlent des langues étrangères et qui connaissent l’Europe, et ceux qui les maîtrisent mal et qui n’ont jamais eu l’occasion de voyager. Cette inégalité-là, nous devons y remédier : je souhaite donc augmenter le nombre de bourses de mobilité pour que le plus d’étudiants possible puissent enrichir leur cursus d’une période d’études à l’étranger. Voire le monde, voire les autres, connaître les autres, c’est peut-être la meilleure façon d’apprécier un peu mieux ce qui se passe chez soi.

Enfin, je sais que le passage de l’Université à l’emploi est délicat pour beaucoup de jeunes qui n’ont pas les ressources financières nécessaires. Je veux donc faire en sorte qu’une fois leur diplôme obtenu, les étudiants boursiers continuent à bénéficier de leur bourse pendant trois mois pour faciliter leur insertion sur le marché du travail. J’en ai déjà parlé avec certaines organisations étudiantes, je veux qu’elles sachent que j’ai de la mémoire. Cette mesure pourra être mise en œuvre dès l’été prochain.

D’autres propositions ont été faites, notamment par les organisations étudiantes et par le député Laurent WAUQUIEZ. Nous devons maintenant nous mettre autour de la table et élaborer ensemble le système le plus juste et le plus efficace possible. Faisons le vite, même si on me le reproche parfois, je demande à Gilles de ROBIEN et à François GOULARD de recevoir les présidents d’université, les organisations étudiantes et tous les partenaires concernés avant la fin du mois de mai pour en discuter. Nous pourrions en profiter pour aborder des sujets qui font aujourd’hui débat parmi les étudiants.

Je pense à la question du logement étudiant, sur laquelle je souhaite que nous puissions faire rapidement des propositions.

Je pense aussi aux conditions de l’accès des étudiants au crédit. Il n’est pas normal qu’être étudiant en France, signifie trop souvent d’être en marge de la Nation.

Dès la rentrée universitaire 2006, sur la base de la concertation qui aura été menée, des décisions pourront, devront être prises.

3. Profitons de ce débat pour être encore plus ambitieux, même s’il faut être prudent, et réfléchissons à l’université de demain.

La loi de programme et d’orientation pour la recherche, qui vient d’être promulguée, s’appuie sur les universités : je remercie Gilles de Robien et François Goulard, pour leur engagement et leur efficacité.

Grâce aux nouvelles formes de coopération scientifique, pôles de recherche et d’enseignement supérieur et réseaux thématiques de recherche avancée, grâce à un effort financier sans précédent, la loi permettra à nos universités de faire converger leurs efforts de recherche.

Cette démarche s’intègre parfaitement dans le cadre européen, et je sais que les universités françaises se préparent d’ores et déjà au prochain Programme cadre de recherche et de développement technologique.

Mais si nous voulons nous donner les moyens de notre ambition, si nous voulons que nos universités soient en mesure de se placer aux premiers rangs dans le monde, nous devrons réfléchir plus largement à la modernisation de notre système universitaire. Nous savons tous et nous ne pouvons pas, nous ne devons pas les éviter, qu’il y a trois sujets difficiles : ? Le premier, c’est la question de la gouvernance. Les universités jouent un rôle de plus en plus important dans notre société. Elles doivent chaque jour prendre des décisions importantes en terme de priorité de recherche, d’élaboration des cursus. On exige d’elles une gestion toujours plus efficace et une politique toujours plus active. Il faut renforcer leurs moyens de gestion et d’administration, pour plus d’efficacité. ? Le deuxième sujet, c’est la question de l’autonomie. Ce n’est pas un sujet que nous pourrons trancher au cours des prochains mois et nous devons régler au préalable un certain nombre de questions, notamment matérielles et financières, j’en ai bien conscience. Mais j’ai dans ce domaine deux convictions : le système actuel doit évoluer vers une plus grande liberté et davantage de responsabilités pour les universités. Et l’Etat doit jouer un rôle stratégique pour garantir l’excellence des universités partout sur le territoire national : c’est un impératif républicain, c’est une garantie d’égalité pour chacun. Dans ce débat, une seule idée doit nous guider : chaque étudiant a droit, quel que soit son établissement, à un enseignement de qualité qui le mène vers la réussite. ? Le troisième sujet, c’est la question du financement. Aujourd’hui, il y a une évidence : le financement des universités n’est pas à la hauteur des besoins. Comment trouver un financement plus approprié ? Je l’ai dit, l’Etat est prêt à prendre toute sa part dans cet effort collectif. Mais cela ne peut constituer une solution définitive. Il faudra réfléchir à tous les autres modes de financement dans le respect des principes qui sont les nôtres : l’égalité et l’accès de tous aux études. A nous d’élaborer un système de financement qui soit à la fois plus performant et plus équitable. Voilà le défi que nous devrons relever.

Mesdames, Messieurs, chers amis

Depuis huit siècles, nos universités ont été au cœur du rayonnement culturel et scientifique de notre pays, elles ont formé les plus grands esprits, elles ont forgé un idéal humaniste de connaissance et d’ouverture.

Leur histoire est faite de querelles et de passions, de grandeurs et de défis. Du Moyen Age à la République, elles ont toujours su regarder vers l’avenir et s’engager sur la voie du changement. Elles ont fourni à la Nation son encadrement, ses professeurs, ses clercs, ses savants.

Aujourd’hui, l’université française est de nouveau à la croisée des chemins. Soit nous restons dans le statu quo et c’est l’espoir de milliers d’étudiants qui sera déçu. Soit nous faisons le choix du mouvement, dans la concertation et le dialogue, et nous ferons de l’Université un lieu d’accomplissement, de réussite et d’excellence.

Le premier vice président de la conférence des présidents d’universités, Monsieur Yannick Vallée, a dit en introduisant ce débat, peut-être aujourd’hui est un grand jour. Aujourd’hui est un grand jour. Je l’avoue, je n’aime pas les peut-être, je ne suis pas un homme de trop grande prudence et je pense que cela dépend de nous, cela dépend de vous. Mais je sais que chacun d’entre nous, compte tenu des enjeux, aura à cœur d’être au rendez-vous.

Soyons à la hauteur de la tradition qui est la nôtre. Construisons ensemble l’Université de demain. Jadis, il y avait une hauteur, disait P. Celan en pensant très fort à F. Villon. Cette hauteur, nous le savons, nous le voyons, nous regardons autour de nous, elle est à réinventer. Une hauteur d’exigence, une hauteur d’une volonté partagée, d’une ambition, d’une ardeur éclairée, car c’est bien de l’avenir de la France dont il s’agit.

Je vous remercie.

http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/interventions-premier-ministre_9/discours_498/allocution-premier-ministre-ouvrant_55813.html


« Le débat national université – emploi va débuter »

Discours prononcé par Yannick Vallée, à l’occasion de l’installation de la commission du débat national université-emploi

Aujourd’hui peut être un grand jour, pour l’université, nos étudiants et, plus largement, l’avenir de la France.

Les présidents d’universités en avaient parlé. Monsieur le Président de la République l’a voulu, Monsieur le Premier ministre va dans un instant l’installer : le débat national université – emploi va débuter.

Même si le taux de chômage des diplômés du supérieur est nettement inférieur à celui des jeunes sans diplôme, il est de notre mission de tout faire pour qu’il diminue encore. De tout faire pour que les formations universitaires, toutes les formations universitaires, celles qu’on dit « professionnalisantes », comme celles qui sont « généralistes », souvent «par et pour la recherche», mènent dans la plus grande sérénité, à des emplois sûrs et durables.

Dans ce chantier, nous ne partons pas, loin de là, de zéro. L’emploi, l’employabilité ne sont pas des objectifs inconnus de l’université. La «professionnalisation» de nos filières est importante. On oubli trop que les universités ont inventé les IUT dès les années 60 et qu’elles les font vivre remarquablement. Elles mettent en place des «licence pro», chaque année plus nombreuses, adaptées à des créneaux économiques et industriels précis. Dans beaucoup d’universités, les masters pro sont plus nombreux que les masters recherche. Récemment, la réforme LMD en introduisant nettement la notion de compétences acquises, et en permettant des parcours mieux adaptés aux projets professionnels de nos jeunes a même renforcé l’objectif «employabilité» en l’étendant à l’ensemble des disciplines et des filières. L’université est sur la bonne voie. Faut-il répéter ses remarquables réussites ? Médecins, pharmaciens, chercheurs, professeurs, juristes, une part importante des ingénieurs français, de nos gestionnaires, de nos économistes… Tous passés, comme beaucoup d’autres, par nos universités. L’université est efficace.

Pourtant que n’entend-on pas de critiques acerbes et plus ou moins condescendantes. Injustes, pour la plupart (mais pas toutes), elles doivent nous interroger.
Notre taux d’échec dans les premières années de licence d’abord n’est pas acceptable. Échouer dans ses études supérieures, c’est déjà se précariser. Il ne saurait y avoir de débat complet université et emploi qui n’aborde cette question. Et qui n’y apporte des solutions. Puisque nous ne sélectionnons pas nos étudiants à l’entrée, puisque certains d’entre eux sont fragiles et s’adaptent mal aux études supérieures, qu’on nous fournisse massivement les moyens de mieux les encadrer. L’échec à l’université sonne comme le présage d’une France qui échouerait. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer dans notre lutte pour l’égalité des chances, garante de notre cohésion sociale. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer sur le chemin de l’élévation socioculturelle et scientifique de nos jeunes générations, garante d’un avenir porté par la connaissance.

Nous devons aussi être capable d’expliquer clairement aux nouveaux bacheliers quelles sont les filières qui mènent le plus sûrement à une vie professionnelle réussie, qu’elles sont celles où nous avons manifestement beaucoup trop d’étudiants. Alors suivant leurs goûts et leurs compétences, ils pourront choisir en connaissance de cause. Et notre message sera clair : vous ne pouvez pas à la fois manifester contre la précarité, et ne pas tenir compte des messages d’orientation qui vous seront donnés.

Professionnalisation, orientation, lutte contre l’échec, mais aussi formation tout au long de la vie, formation en alternance, validation des acquis de l’expérience… La commission que vous présiderez Monsieur le recteur Hetzel a du pain sur la planche. Son travail sera, je le souhaite, décliné dans de nombreuses rencontres régionales, ou plus locales. Elles associeront largement la communauté universitaire et ses représentants. Les présidents d’université y prendront leur part. Ils seront très attentifs à l’avancée de vos travaux, dans un esprit constructif, soucieux de faire progresser nos formations, toujours en lien avec notre recherche.

Ce jour peut être un grand jour, si les questions, toutes les questions, celle des formations professionnalisantes comme celle des formations généralistes, celle de l’orientation comme celle des moyens, humains et financiers, sont posées sans tabou aucun. Ce jour peut être un grand jour, si la France décide enfin de se doter d’un système d’enseignement supérieur à la hauteur de ses légitimes ambitions. Cela demande du dynamisme et des choix politiques forts.

mardi 25 avril 2006, Paris

26/04/2006

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