Contribution de la CDUL aux Assises de l’enseignement supérieur

Lors du bureau élargi des 9 et 10 novembre 2012, la CDUL a réuni dans la déclaration suivante ses constats et propositions concernant tout particulièrement

* la réussite des étudiants

* la nécessaire articulation formation/recherche dans les formations universitaires

* l’importance des rôles et places des UFR dans la gouvernance des universités.

DECLARATION

La Conférence réunit les doyens et directeurs d’UFR Lettres, Langues, Arts, Sciences Humaines et Sociales (CDUL) autour des enjeux de la formation et de la recherche. Au cours de nos différentes journées d’études et congrès, nos thématiques choisies se sont centrées plus particulièrement sur la formation Licence, la formation aux métiers de l’enseignement, et la gouvernance dans le cadre de la LRU.

Quelle est la place de l’université dans le paysage actuel de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ?
Quel est son rôle dans l’offre de formation supérieure où les diplômes et grades, qu’elle décernait seule jusque-là, sont à présent délivrés par des écoles dotées d’autres statuts et moyens financiers, d’autres modes d’accès ? Qu’est-ce qu’une formation universitaire ? Quels sont la place et le rôle des UFR dans la concertation, l’élaboration et la gestion des projets ?
La CDUL réaffirme la dimension professionnalisante des formations universitaires : des savoirs disciplinaires et didactiques solides, une formation à et par la recherche, qui permettent d’acquérir une autonomie dans le travail, la double aptitude à l’analyse et à la synthèse, des capacités d’adaptation, d’initiative et de créativité, de la curiosité, de l’indépendance d’esprit, le sens des responsabilités. Au sein de cet ensemble, les savoirs disciplinaires participent de la nécessité d’une ouverture au monde.

Axe 1. Réussite de tous les étudiants

Constat
– L’évolution récente de l’université s’est traduite par la massification ; la démocratisation reste en grande partie à construire.
– L’échec en licence est-il aussi élevé qu’il y paraît ? Il convient de considérer les taux de réussite en termes de présence aux examens et de réorientation.
– Les raisons du décrochage sont multiples : financières, mauvaise orientation, inscription par défaut ou en attente, autonomie insuffisante…
– Nos publics sont d’origines très diverses : les bacheliers professionnels ou technologiques sont plus nombreux que dans d’autres secteurs.
– Nous accueillons beaucoup d’étudiants qui bénéficient de bourses et / ou qui occupent des emplois d’appoint.
– Les inégalités culturelles et sociales provoquent souvent une sélection de fait. Dès lors, la compensation pénalise plutôt les étudiants dans l’acquisition des savoirs et compétences.
– Les réformes, ponctuées d’effets d’annonce, se sont multipliées sans pause ni recul.

Propositions :

Répartition équitable des moyens
Redéfinition de la place et des rôles des différentes filières de l’enseignement supérieur (universités, STS, IUT, CPGE, grandes écoles, écoles d’ingénieur…).

Orientation
– Échanges indispensables entre lycées et universités.
– Orientation proactive, accompagnée de préconisation (travail d’information et critères de réussite clairement affichés).
– Indication de baccalauréat prioritaire pour le choix des filières et développement de passerelles (cela pourrait s’inscrire dans le cadre d’une vraie formation tout au long de la vie).

Formation en cursus
– Révision des règles de compensation pour permettre à l’étudiant une construction à partir d’acquis solides.
– Instauration d’un vrai contrôle continu, qui multiplie les formes d’évaluation ; redéfinition des modes d’évaluation.
– Développement de l’autonomie, qui évite l’assistance.
– Moyens pour mettre en place une remédiation nécessaire (calendrier et emploi du temps adaptés aux étudiants en difficulté, modules spécifiques…).

Préparation à l’insertion professionnelle
– Possibilité d’une expérience pratique (stage ou autre) encadrée et reconnue.
– Favoriser les contrats de formation adaptés aux différents cursus, développer l’alternance.
– Sensibilisation au sein d’une formation cohérente et construite, sous la responsabilité des équipes pédagogiques.

Pluridisciplinarité
– Elle n’a de sens que construite par une équipe pédagogique. Au sein des UFR, elle conjugue des approches diverses sur un domaine commun. Entre UFR, elle favorise des doubles cursus, réalisables selon les sites.
– La transversalité doit tenir compte de la nécessaire maîtrise disciplinaire.

Lisibilité
– Un affichage plus lisible des diplômes, une simplification des intitulés, un référentiel national des formations sont indispensables pour la mobilité, l’égalité et l’équité au niveau national.
– Une carte des formations non concurrentielles, favorisant un développement harmonieux des territoires, construite en concertation.
– Les petits effectifs doivent être étudiés dans ce cadre. Certaines disciplines n’existent qu’à l’université dans leurs dimensions recherche et formation et risquent de disparaître définitivement.
– Le cadre de référence national en heures étudiant doit pouvoir s’appliquer partout et s’accompagner de moyens en enseignants titulaires dès la L1.

Axe 2. Recherche

Constat
Au cours de ces dernières années, les UFR ont vu peu à peu leur R disparaître, avec pour conséquence une distension du lien entre formation et recherche, une autonomie des Unités de Recherche qui tend à générer individualismes et tensions.
Ce qui différencie la formation universitaire des autres formations c’est ce lien, grâce auquel les enseignants sont à la fois créateurs ou (re)générateurs de ces savoirs, et acteurs de leur transmission ; toute séparation de ces deux fonctions pose donc problème. Le rôle des UFR nous apparaît ici essentiel.
La tendance à oublier les spécificités des recherches dans nos domaines, en les réduisant à des compétences transversales, est particulièrement inquiétante. Nous notons une atomisation de nos disciplines dans les appels d’offres : la concurrence remplace trop souvent la coopération.
De ce fait, nous passons plus de temps et d’énergie à répondre à des appels d’offre qu’à mettre en œuvre des projets.
Le temps de la recherche, dans nos domaines, a ses spécificités : nous sommes constamment sollicités et évalués dans le court ou le moyen terme, alors que les recherches en sciences humaines supposent une maturation dans le long terme.

Propositions
Repenser une meilleure articulation F (formation) et R (recherche).
Reconnaître nos recherches disciplinaires comme fondamentales et sources de réflexion dans les projets transversaux.
Renforcer nos montages de projets par l’appui d’ingénieurs de recherche.
Repenser le système d’appel à projets, leur durée, et l’équilibre entre financement pérenne et soutien aux initiatives.
Éviter les dérives de « l’excellence » et éviter les hiérarchisations et comparaisons de secteurs dont ni les moyens ni les objectifs ne sont comparables.

Évaluation de la formation et de la recherche.

Constat : quels sont les objectifs de l’évaluation ?
On constate les dérives : course aux publications, sous-estimation des enseignements, coût – en temps et finances – excessif pour peu de résultats…
Nous nous interrogeons sur les structures actuelles (AERES), leurs méthodes et l’utilisation des conclusions.

Propositions
Favoriser l’équilibre entre formation et recherche en évitant d’opposer l’une à l’autre : elles sont complémentaires et doivent pouvoir être modulées sur l’ensemble de la carrière.
Valorisation des engagements pédagogiques dans la carrière des enseignants-chercheurs.
Concertation sur les critères d’évaluation : méthodes et acteurs. Si l’éclairage extérieur peut être un atout, les experts doivent être connus, identifiés et rencontrés.

Axe 3. Gouvernance

Constat
L’UFR est une composante oubliée par la LRU, alors que celle-ci reconnaît comme « composantes » les départements et les Unités de recherche. La complexité du paysage universitaire ainsi que la multiplicité des statuts et structures (PRES / IdEx, LabEx / IUT, écoles intégrées, ESPE…) marginalisent la place et le rôle des UFR.
Suite au passage aux RCE et à la séparation croissante entre les formations et la recherche, les missions de l’UFR ne sont plus toujours clairement définies. Leurs relations avec les autres types de composantes aux statuts divers (gestion, financement, périmètre…) créent une grande confusion. Le coût en temps et en finances a été augmenté sans gain d’efficacité. De surcroît, le rôle de fédération et de promotion de projets est devenu difficile, la recherche est de plus en plus centralisée, alors que la formation peut être éclatée.
Le regroupement des universités et la création d’UFR de taille considérable a profondément modifié leurs missions. Ils paraissent contraires aux modèles internationaux. Le gigantisme a pour conséquence la résurgence de structures intermédiaires (pôles, collegiums ou autres), qui donnent à penser que le niveau UFR a toute sa légitimité.

Bilan :
1) Le rôle de l’UFR a été essentiellement réduit à un suivi des dépenses et des heures, et à la vérification d’indicateurs.
2) La place des directions d’UFR dans la politique de l’établissement est laissée à la discrétion de la présidence : elle est donc à géométrie variable.

Propositions
Réaffirmation du rôle, du périmètre et de la cohérence des UFR.
Avec un statut défini, l’Unité de Formation et de Recherche :
– est un échelon pour innover et expérimenter,
– est un lieu de débats et de décisions démocratiques au plus près du terrain (personnels et étudiants),
– tient son rôle de fédération des disciplines et de la recherche (maquettes, projets…),
– sert d’interface avec les autres composantes pour le montage et le suivi de projets transversaux,
– constitue le partenaire indispensable des écoles et ESPE en raison de son statut et de son expertise.
Le directeur doit rester élu par son conseil (il s’agit d’un mandat politique). Il doit ainsi participer à l’élaboration et à la mise en place de la politique d’établissement : présence au sein des trois conseils en qualité d’invité, participation régulière aux réunions de l’équipe présidentielle…

Françoise DUBOSQUET LAIRYS
Présidente de la CDUL
francoise.dubosquet@univ-rennes2.fr
Novembre 2012

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