Bureau élargi et « nouvelle licence »

une fausse bonne idée

Réunie en bureau élargi les 8 et 9 avril 2011, la CDUL a souhaité se positionner sur le projet « licence » en reliant ce projet aux expériences développées depuis de nombreuses années au sein des facultés et UFR offrant des formations dans les domaines ALL et SHS.

Le projet de « nouvelle licence », une fausse bonne idée

Propositions de la CDUL – Avril 2011

Constats et analyses

Service public de l’enseignement supérieur, l’université doit accueillir tous les bacheliers. Depuis le début des années 1970, en France, elle a su former une nouvelle population étudiante d’origine sociale plus diversifiée et aux parcours scolaires multiples (de 300.000 étudiants en 1970 à 2.200.000 en 2011).

Mais, si la massification est réelle, la démocratisation reste un objectif à atteindre. En première année de licence (L1), l’université doit répondre à un flux très important d’étudiants, composé à la fois de ceux qui sont motivés par les formations et qui ont conçu un vrai choix d’orientation, et d’autres qui sont venus là pour préparer un concours ou sont en attente d’intégration d’autres filières ou d’écoles.

Les réorientations d’étudiants sont relativement marginales entre les UFR, ce qui laisse supposer qu’un étudiant qui s’inscrit dans une filière fait un choix raisonné, et qu’il souhaite s’investir dans une formation cohérente, avec des disciplines liées et complémentaires.

Dans ce contexte, l’université doit permettre à tous les étudiants, quels que soient leurs parcours, leurs choix ou leurs capacités, d’acquérir un niveau de connaissances élevé, condition nécessaire pour pouvoir choisir son activité professionnelle.
Depuis plus de 10 ans, toutes les études (CEREQ, et autres organismes d’évaluation) confirment que les employeurs reconnaissent l’excellence des diplômés de LLA et de SHS.

De fait, seuls des savoirs disciplinaires et didactiques solides permettent d’acquérir une autonomie dans le travail, une double aptitude à l’analyse et à la synthèse, des capacités d’initiative et de créativité, la curiosité, l’indépendance d’esprit, le sens des responsabilités. La nécessité de savoirs disciplinaires et didactiques répond à l’obligation d’approfondir un champ d’étude et à l’ouverture au monde, et non au repli sur soi, et à l’atomisation des savoirs.

Propositions

La CDUL s’oppose au risque de démantèlement de la licence et défend les spécificités de la formation universitaire, qui articule enseignement et recherche.
Le projet de « nouvelle licence » est une fausse bonne idée :

* une L1 propédeutique provoquerait une dilution des savoirs et aggraverait les inégalités scolaires et sociales.
Dans toutes les licences des domaines LLA et SHS, les offres de formation sont déjà de type pluridisciplinaire : les matières fondamentales sont accompagnées d’informatique, de méthodologie, de langues et d’autres disciplines.

* le postulat que tout stage en entreprise serait vertueux et pourrait primer sur les connaissances acquises dans la formation est un leurre : un stage lourd obligatoire pour tous en L2 est irréalisable et, surtout, trop précoce pour permettre la mise en relation des acquis disciplinaires et méthodologiques spécifiques aux formations universitaires.

Depuis de très nombreuses années, les UFR LLA et SHS ont intégré dans leur formation des stages de durée variable, aux objectifs pédagogiques cohérents. Elles signent chaque année un nombre important de conventions de stages avec des partenaires extérieurs (collectivités territoriales, entreprises, fonction publique, associations…).

Ces expériences montrent que tout stage doit être encadré et donner lieu à une analyse de pratiques, intégrée à la formation. Tout stage doit être considéré comme l’un des nombreux outils proposés à l’étudiant pour développer un projet professionnel. Il est nécessaire de lui permettre de construire, en bénéficiant d’un accompagnement individualisé, un cursus personnel cohérent, intégrant une diversité de parcours (stages individuels obligatoires ou volontaires, stages collectifs de terrain, mobilité à l’étranger en cours de licence…).

Pour réussir l’objectif de la démocratisation, la CDUL demande, au niveau national, pour toutes les licences, un cadre commun de référence et un volume horaire minimal de 1650 heures / étudiants, conditions nécessaires si l’on a l’ambition d’une formation de qualité.

Par ailleurs, une des spécificités des formations universitaires est le développement de contenus articulés aux recherches par des pratiques pédagogiques diversifiées, en master mais aussi dès la licence. C’est pourquoi tous les étudiants de licence doivent bénéficier des compétences d’enseignants et d’enseignants-chercheurs, dont le rôle est de mettre en relation l’enseignement avec les recherches les plus récentes.

Enfin, la CDUL tient à souligner les difficultés engendrées par la multiplication des « réformes » qui s’enchaînent sans laisser le temps de dresser un vrai bilan des actions et des formations, alors même que les démarches d’autoévaluation sont préconisées.

Il est urgent de mettre en place des maquettes cohérentes de licence, élaborées par des équipes pédagogiques, puis d’évaluer leurs effets après quelques années. C’est pourquoi la CDUL propose que soient organisées, annuellement, des journées dédiées aux enjeux pédagogiques, qui permettraient un bilan d’évaluation des enseignements, une exploitation des résultats des observatoires de la vie étudiante.

Pour le bureau de la CDUL
Le président, Yves Jean
yves.jean@univ-poitiers.fr

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